La grande bataille des idées sur les migrations fait aujourd'hui grand bruit . Elle prend une autre ampleur, une autre acuité et un autre ton  selon les observateurs et selon les observatoires. Dis-moi d'où tu parles, je te dirai ce que tu vas dire.

Comme toujours notre pays est tiraillé par la diversité des opinions. C'est certes une grande richesse mais c'est aussi une perte de temps. Nos débats affectent nos performances, nous inspirent le regret de ne pouvoir tout faire en même temps, embrouillent les discours.

 

À travers les âges se succèdent et perpétuent les guerres pour la suprématie des nations, les luttes intestines pour le pouvoir que masquent les guerres de religion. Les conflits sociaux d'aujourd'hui ne sont guère que des remakes de nos démêlés tribaux, de nos belligérances féodales, de la querelle de Voltaire et de Rousseau.

Certes la démocratie se doit de rassembler les minoritaires. Mais la force du nombre l'oblige à composer avec les majoritaires. En simplifiant à peine, selon les idées dans l'air de tous les temps, il s'agirait de faire vivre ensemble les pessimistes et les optimistes. Les premiers annoncent et craignent les chevauchées des quatre cavaliers de l'apocalypse, les seconds ne voient que foutaises dans les prévisions de conquête, de guerre, de famine et de mort.

Les uns craignent que tout cela arrive en même temps . Les autres promettent de remédier à tout en même temps et que tout finira par s'arranger.

L'histoire montre que les pires fiasco sont collectifs. C'est pourquoi, au risque de faire hurler les collectivistes, j'ose dire que le réalisme et la sagesse commandent d'être pessimiste quant aux capacités collectives et optimiste pour les initiatives individuelles.

Selon un connaisseur célèbre, la démocratie élective serait le meilleur des pires systèmes politiques. Le principal reproche que l'on puisse faire à la démocratie serait d'avoir instauré l'obligation de dire du bien de soi, de flatter l'électeur, de médire de ses semblables, tous concurrents potentiels. À force de vouloir convaincre, les discours se transmutent en communication. La communication devient propagande.

il s'agit de trouver les lignes de partage des voix qui assureront dans un premier temps l'élection et ensuite la constitution d'une majorité.

Avant même d'atteindre les partis concurrents, le mal de la critique entre amis envahit les groupes les plus unis. Le vocabulaire se muscle pour bien marquer les différences égotiques des parcours estudiantins et professionnels, les obédiences doctrinales.

La bataille des élites n'est pas nouvelle. Déjà Alain, ce penseur du radicalisme, en ses leçons professorales et dans ses écrits journalistiques brocardait ses deux cibles favorites, les polytechniciens insectes noirs incapables de former une idée, et les « sorbonnagres » qui ne lisent que ce qui est écrit par leurs pairs. Aussi ne faut-il pas s'étonner quand la presse d'aujourd'hui rapporte que le corps professoral de l'E.N.A. regrette que ses élèves soient incapables d'avoir une pensée autonome.

Quand la sélection primaire des élites est passée, la critique inter-partisane devient plus franche et plus massive, mais reste personnelle.

Selon le vieil adage, « quand la chose n'y est pas on y met le mot ». Voyez les noms et les intentions des partis. Ce ne sont qu'Unions, Rassemblements, Fronts, Alliances , Groupes, Mouvements, Marches, Générations, Ententes, Centres, Concordes.

Tout y change si souvent que nul système de référence ne peut les situer dans l'univers en expansion des idées politiques. C'est le nom des créateurs qui sert de G.P.S.

On change le nom des partis et les professions de foi comme on change le nom d'un produit, d'une marque, d'une entreprise, après quelque incident de production ou de commercialisation.

On devient « Tartempionien » comme on entre dans un ordre religieux. Quand on prétend accéder à l'autonomie de pensée, on devient traître et dissident comme on devient impénitent, hérétique ou relaps, dans le champ de la foi.

Ainsi naissent, soufflent, prennent force, mollissent et tournent, les vents politiques.

 

Pierre Auguste

Le 11 juillet 2018